Les données très commentées de la Société Française de Cardiologie1 (2016) montrent qu’en 40 ans les jeunes entre 9 et 16 ans ont perdu 25 % de leurs capacités d’endurance. En 1971, un 600 mètres à pleine vitesse se faisait en moyenne en 3 minutes. Il faut aujourd’hui 4 minutes pour réaliser la même distance.

La situation-test proposée pour avancer ces résultats permet de réaliser un témoignage des capacités cardio-respiratoires et locomotrices des jeunes à un moment donné. Toutefois, il ne prend pas spécifiquement en compte les caractéristiques physiologiques, psychologiques et relationnelles des enfants concernés.

En effet, les enfants2 sont considérés aujourd’hui par les chercheurs en physiologie comme particulièrement endurants, avec des capacités de récupération au moins aussi bonnes que des sportifs adultes de haut-niveau3.

Aussi, contrairement aux idées reçues et aux préconisations antérieures, la course fractionnée (ou intermittente) de forte intensité (120-130 % de VMA4) peut être adoptée par de jeunes élèves dès l’âge de 6-7 ans. Ce type d’effort fractionné est mieux adapté aux spécificités des enfants pré-pubères que les efforts longs et continus d’intensité modérée :

  • Ils récupèrent mieux.
  • Leur qualité gestuelle est plus facilement conservée que sur de courtes durées.
  • La perception de l’effort y est moins élevée alors que l’intensité est largement supérieure.
  • Le temps de pratique est plus court et plus efficace.
  • L’exercice est mieux adapté à des élèves en situation de surpoids.
Illustration de l’intensité d’une course fractionnée avec l’arrivée : observer la différence de posture d’élèves de CM2 au fil des arrivées d’une série de 3 × 10 s en tout début de séquence (découverte du dispositif).

Il faut envisager que dans un effort fractionné court, le temps de « contre-effort », c’est-à-dire de récupération, est équivalent en durée au temps d’effort. Si je fais une série de 10 × 15 s d’effort, chaque portion d’effort sera accompagnée de 15 s de récupération passive (le contre-effort). Ce temps de « contre-effort » fait partie intégrante de l’effort puisque la récupération n’est pas complète : le souffle, la fréquence cardiaque, le système énergétique continuent d’être activés avant d’être re-sollicités à nouveau intensément dans la répétition de 15 s qui suit. Ces répétitions suivies de courtes pauses physiologiques et psychologiques permettent de conserver un engagement sur de fortes vitesses et d’apprendre à les conserver sur toute la durée de l’exercice.

Dans cette perspective, ce document est conçu pour aider les enseignants à élaborer une séquence modulable (de 8 à 20 séances) pour le cycle 3 qui vise à transmettre le goût de l’effort en développant la « puissance aérobie »5 des élèves tout en leur permettant, au fur et à mesure de leur expérience, de réguler leur vitesse de course et leur manière de courir. Les données recueillies au cours de la séquence par un travail en binôme peuvent ainsi favoriser le projet de course des élèves. Les séances sont assez courtes, ce qui permet de les répéter deux fois par semaine. Elles se déroulent sur une durée comprise entre 20 min et 40 min.


  1. Issues d’une publication de Grant Tomkinson, University of South Australia (Adelaide), en 2006 et 2013. ↩︎

  2. C’est-à-dire jusque 12 ans en physiologique. ↩︎

  3. Travaux de Sébastien Ratel (2016). Les enfants sont-ils métaboliquement nés endurants ? Sciences et sport, vol. 31. ↩︎

  4. La VMA est la Vitesse Maximale Aérobie, c’est-à-dire la vitesse à partir de laquelle un sujet atteint à sa consommation maximale d’oxygène (VO2MAX). Elle peut être développée à la fois par l’augmentation de cette VO2MAX, mais également et surtout par la capacité à mieux courir techniquement et la capacité à consentir à des efforts intenses. ↩︎

  5. C’est le système énergétique qui sollicite le plus activement le « souffle » et les réserves de glycogène (réserve de glucides stockée dans le foie et les muscles qui forment une réserve d’énergie importante pour l’organisme). ↩︎